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Depuis tout petit, Cosme et Aliénor découvrent avec joie qu'on peut faire beaucoup de choses avec son intelligence naturelle, son corps, ses facultés manuelles, sa capacité à observer son environnement.

En particulier, comme tous les enfants en bas âge, ils ont très tôt éprouvé cette envie irrésistible de bouger lorsqu'ils entendaient de la musique. Quel parent ne s'est pas ému ou amusé de voir son bambin secouer frénétiquement un hochet ou bouger son petit "popotin" en entendant une musique rythmée ?

Très tôt, nous leur avons donc proposé les activités d'éveil "musique et danse". Leur intérêt pour cette discipline allant grandissant, nous avons prolongé l'expérience en les inscrivant à des activités musicales, mais également à des cours de danse. Aliénor, en grande soeur, a commencé la première, rapidement suivie par son petit frère.

Vous le savez maintenant si vous nous suivez depuis quelque temps, deux choses sont très importantes pour nous en matière d'instruction lorsque nous confions nos enfants à d'autres adultes : la qualité de l'enseignement non seulement, mais aussi la compatibilité des méthodes de l'enseignant avec nos propres principes d'éducation et d'instruction. Il n'est pas question de dire que notre conception est la seule à être valable. Si nous acceptons que certains enseignants aient des méthodes différentes, il est en revanche important qu'elles conviennent à Aliénor et Cosme et que nous sentions qu'elles ne vont pas à l'encontre de notre philosophie de vie.

L'application stricte de ces principes n'est pas simple mais elle reste possible, comme vous allez le constater, et donne lieu à des expériences très enrichissantes pour l'ensemble de la famille.

Les débuts

Au début, comme beaucoup de parents, nous avons tenté des choses pour nos enfants, en ne sachant pas forcément où nous allions et en nous basant, pour nous guider, sur nos propres expériences.

Ayant personnellement vécu une formation très académique en conservatoire, la tentation a été très forte pour moi d'en prendre le contre-pied en proposant aux enfants une approche intuitive dans laquelle la liberté serait le principal moteur de toute progression. De plus, il faut l'admettre, Delphine et moi avions aussi une image assez négative des écoles de danse classique : cours austère et ouverture d'esprit parfois assez réduite (les préjugés ont malheureusement la vie dure).

Nous avons donc proposé à Aliénor un cours de danse contemporaine, dispensé par une enseignante au contact plutôt facile avec les enfants. Aliénor a ainsi appris à exprimer des choses avec son corps, à prendre possession de l'espace autour d'elle et à collaborer avec ses camarades dans la construction d'une démarche artistique - avec évidemment toutes les limites liées à ce qu'on peut demander dans ce domaine à une enfant de 4 ans.

Ont alors commencé à naître pour cette activité un intérêt certain d'Aliénor mais également, sans que nous le décelions forcément tout de suite, un égal intérêt de Cosme, alors simple spectateur.

C'est au traditionnel spectacle de fin d'année que nous avons constaté, avec surprise mais également émotion, que quelque chose se passait réellement : non seulement Aliénor avançait et s'investissait dans une activité qui devenait importante pour elle mais de plus son frère, sur proposition de l'enseignante, participait avec joie et nous démontrait que, par la simple observation de sa soeur, il avait appris, éprouvait du plaisir à participer, tentait des chorégraphies de son invention et échangeait même spontanément avec des danseuses adultes. 


Leur permettre d'évoluer dans le sens qu'ils souhaitent 

Malgré cela, il était évident que quelque chose manquait à Aliénor.

Cette chose, c'était une structure clairement définie. Aliénor a besoin d'un cadre, de quelque chose de construit, de consignes. Aliénor souhaitait être guidée dans sa danse, tout en conservant cependant la liberté dont elle a besoin. Nous avons alors pensé à des cours de "modern-jazz" et l'y avons inscrite. Mais l'expérience n'a pas été concluante car les méthodes de l'enseignante sur le plan de la relation à l'autre n'étaient pas du tout cohérentes avec notre façon d'envisager les choses. Après avoir dû "rattraper" par deux fois les dérapages verbaux et comportementaux qu'Aliénor nous ramenait à la maison juste après ses cours, nous avons compris que notre collaboration avec cette enseignante ne serait plus possible. Un peu déçus, nous ne savions pas encore que cette obligation de devoir chercher une autre solution dans l'urgence était en fait un coup de pouce du destin vers la solution idéale.

Nous avons alors ouvert la porte à l'idée d'une école de danse classique et nous sommes mis en quête d'un établissement dans notre région. Nos pas nous ont conduit vers l'Institut d'Art Chorégraphique, école reconnue dans la région et tenue par Isabelle Cousin, une professeure très expérimentée en qui nous avons rapidement placé notre confiance, pour la simple raison qu'elle considère que son rôle n'est pas seulement d'apprendre aux enfants à danser, mais également de développer en eux le goût, pour ne pas dire l'amour, de cet art. De plus, en termes d'ouverture d'esprit, Isabelle propose des spectacles de qualité sans pour autant se fixer de limites trop strictes sur ses choix artistiques, qu'ils soient de l'ordre de la chorégraphie, du thème du spectacle, des effets de scène ou de la musique.

Ainsi, à la rentrée 2011, Aliénor a été inscrite et Cosme, comme pour la danse contemporaine, a eu tout le loisir d'assister aux cours hebdomadaires de sa grande soeur. Durant toute cette année, nous avons vu notre petite fille courir vers son cours de danse le sourire aux lèvres, et son petit frère rêver devant sa soeur, nous promettant que l'année prochaine, il danserait lui aussi (précisons cependant que Cosme, pendant ce temps, participait à des cours d'éveil musical, loin de nous l'intention de le priver d'activités du fait de son plus jeune âge).

L'intérêt de Cosme pour la danse était tellement évident qu'Isabelle, en recherche d'un petit garçon pour un rôle dans le spectacle de fin d'année, a pensé à le lui proposer. Il a accepté avec enthousiasme.

Ce spectacle a été un moment intense pour toute la famille. En coulisses, lorsque nous avons terminé de les y préparer et les avons confiés aux personnes chargées de les encadrer, nous avons simplement dit une chose à nos enfants : "amusez-vous". Aliénor et Cosme ont donc donné le meilleur d'eux-mêmes et ont dansé sur scène sans appréhension excessive, ni esprit de compétition ou besoin de briller. lls nous ont simplement montré ce qu'ils savaient faire, en remplissant le rôle qui leur était assigné.

Photos : Lionel Boivineau 

Des liens fraternels intenses qui se renforcent dans la découverte d'un univers passionnant

Cette année, Cosme a donc souhaité rejoindre sa soeur dans cette école de danse. Les petits garçons sont rares mais il ne semble même pas s'en apercevoir ; il profite de ces moments avec bonheur. Revenus à la maison, Aliénor et lui partagent encore de grands moments de complicité dans la danse.

De plus, comme je le disais un peu plus haut, l'objectif d'Isabelle n'est pas d'apprendre à nos enfants à danser. Son objectif va bien au-delà. Il s'agit pour elle de faire accéder nos enfants au monde de la danse, c'est-à-dire à la maîtrise d'une technique, certes, mais également à toute la vie de la danse.

Elle installe d'abord une ambiance. L'école n'est pas un vulgaire préfabriqué tout gris au centre duquel trônerait un parquet de danse. La salle de danse est assez nue car elle doit rester fonctionnelle, bien que des photos égaient les murs. Mais la pièce dans laquelle les parents peuvent attendre leurs enfants et suivre le cours est joliment décorée. Enfin, le hall d'accueil invite à lui seul à entrer et s'intéresser aux lieux.

Ensuite, les cours d'Isabelle ne sont pas de simples enchaînements de pas et figures imposées. Ces cours intègrent aussi tout ce qui tourne autour de la préparation du spectacle de fin d'année. Car la vie d'une danseuse ou d'un danseur ne se résume pas à la maîtrise d'une technique. Comme je le disais récemment au sujet de la musique, l'important n'est pas tant l'acquisition de la technique que la maîtrise de l'activité artistique dans son ensemble, au sens activité de création, de représentation et de transmission vers un public.

C'est enfin un mode de vie, une discipline, des échanges avec le groupe dans un objectif commun. Et cela, les enfants y sont particulièrement sensibilisés ; il ne s'agit pas ici de simplement entrer, se changer, danser durant une heure, se changer à nouveau puis repartir, pour recommencer la semaine suivante. Dans cette école, les enfants construisent une véritable vie sociale, basée sur des échanges et de l'écoute, et centrée sur la danse. Bien sûr, il peut y avoir des désaccords de temps en temps mais tout le monde avance ensemble et surtout, l'adulte responsable veille à ce que le respect de l'autre soit toujours présent.

En complices qu'ils sont depuis toujours, Aliénor et Cosme découvrent donc ici un monde certes différent de la petite cellule familiale mais néanmoins complémentaire de celle-ci.

Et notre plus grande satisfaction est bien de constater, par la joie qu'ils ont chaque mercredi à pousser la porte de l'Institut d'Art Chorégraphique, qu'ils choisissent effectivement leur propre chemin, notre seul mérite dans ce domaine étant bien de leur en donner les moyens et non de les contraindre à des choix qui ne leur conviendraient pas.

Eric, papa des Herbes Folles

21 février 2013

Photos école de danse classique : Isabelle Cousin

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