En ce temps de la Pentecôte, nous avons eu envie de vous parler d’un sujet qui nous tient à cœur : la spiritualité de l’enfant.

Il semble qu’il soit devenu tabou, en France, de parler ouvertement de spiritualité. Depuis le Siècle des Lumières, tout doit être prouvé, mesuré, quantifié ; bref, tout doit être estimé à l’aune de la raison. Cette rationalisation de la culture qui a cours dans notre pays ne laisse plus guère de place aux croyances et celui qui affirme avoir la foi en un principe divin (quel qu’il soit), le percevant d’une manière qui lui est propre par-delà le simple plan matériel, celui-là passe pour un gentil attardé mental, voire un dangereux fanatique qu’il faut au plus vite détourner de ses illusions et remettre dans le droit chemin du concret et du tangible.

La spiritualité à l’école

Notre gouvernement, qui se défend pourtant d’être anticlérical, s’appuie sur les agissements de quelques intégristes médiatisés fort à propos pour justifier la suppression de toute idée de spiritualité du monde scolaire. Prenant alors le « mal » à la racine, il met en place l’enseignement d’une « morale laïque » à l’école primaire. Ainsi, sous couvert d’éviter les obscurantismes, les maîtres et maîtresses auront pour consigne de stopper toute dérive de la pensée enfantine vers une quelconque spiritualité, avant même que celle-ci ne se présente. Peu à peu, par cette démarche d’éradication qui ne dit pas son nom, sera instillée dans l’esprit de nos chérubins l'idée que laïcité = bon, spiritualité = mauvais.

Pourtant, la spiritualité n’a rien de mauvais en soi. C’est l’usage que certains en font qui peut se révéler néfaste pour l’humanité. Mais alors, dans le même état d’esprit, certains usages faits des recherches sur l’atome devraient-ils nous interdire d’enseigner la science ?

Nous nous souvenons du temps où, lorsque nous étions au collège (public), existaient dans l’enceinte même de l’établissement, et avec la bénédiction de celui-ci, des cours de catéchisme. Cette période décomplexée est révolue.
Nous avons maintenant un véritable problème de comportement des pouvoirs publics vis-à-vis des spiritualités en France. Au lieu de refuser l’entrée de celles-ci à l’école (autrement que par une simple approche historique), ce qui revient à nier tout un pan de notre culture, ne serait-il pas plus judicieux de sensibiliser les enfants aux différentes formes de spiritualité existant dans notre pays (sans s’arrêter aux seuls dogmes monothéistes visibles) afin d’apprendre aux individus à respecter les croyances de leurs prochains sans chercher à les convertir par tous les moyens possibles ?
Car enfin, passer sous silence une réalité, aussi dérangeante soit-elle pour nos chers technocrates, n’est-ce pas le meilleur moyen de pousser les gens à s’y intéresser ?
Or, sans éducation préalable sur le sujet, c’est là qu’ils risquent d’être pris en otage par des gourous de tout poil et de perdre leur liberté de penser. N’oublions pas que les Américains, par exemple, n’ont jamais autant bu d’alcool qu’au moment de la Prohibition dans l’entre-deux guerres. Toute interdiction mène à l’excès.

Une sensibilisation à la spiritualité, menée avec bienveillance et ouverture d’esprit dans nos écoles, serait, nous semble-t-il, plus constructive. En affirmant que l’école (et par conséquent la société) doit avant toute chose être laïque, les gouvernants songent surtout au moyen de soigner leurs propres névroses et non pas aux besoins réels des enfants.
Pourtant, quel enfant n’a pas un jour posé cette question : « maman, c’est qui, Dieu ? ». A ceci, devra-t-on lui répondre désormais : « Désolé, mon chéri, je n’ai pas le droit de te parler de ça, cela pourrait te poser des problèmes à l’école » ?
Est-ce cela, instruire nos enfants ? Est-ce refuser de répondre aux questions légitimes qu’ils se posent, avec bienveillance et ouverture d’esprit ? En outre, pour être sûr que le pays soit vraiment laïc, ne faudrait-il pas alors mettre à bas toutes les églises, les mosquées, les temples, les synagogues ? Et si les enfants ont encore l’outrecuidance de poser des questions, détruisons joyeusement les alignements de menhirs de Carnac, les tumulus, les dolmens et autres pierres levées qui abondent dans nos campagnes ! Et si cela ne suffit toujours pas, à l’heure de la mondialisation et parce que nos chères têtes blondes pourraient apercevoir sur l’écran de leur tablette favorite (généreusement fournie par la commune) quelque image non laïque, faisons sauter les pyramides de Gizeh à la dynamite !!!

 

   

 

Encore une fois, monsieur le ministre de l’Education Nationale, nous vous saluons bien bas, vous manquez à votre mission en beauté. Vous nous donnez une raison supplémentaire de ne pas vous confier l’instruction de nos enfants.

Car cette politique de Tartuffe (« cachez ce signe ostentatoire de votre religion que je ne saurais voir ») n’aura pas cours chez nous. Nous n’oublions pas que la peur de l’autre vient essentiellement de la méconnaissance que l’on en a et nous nous faisons, de ce fait, un devoir de parler de spiritualité et de religion à cœur ouvert, sans préjugés ni a priori stériles. La diversité est la base de l’enrichissement d’une civilisation. Nier les différences en refusant d’en parler, c’est amener une culture à se scléroser et, in fine, à s’éteindre.

La spiritualité est un besoin fondamental de l’être humain, comme manger ou dormir, et vouloir faire d’un pays un exemple de laïcité, c’est aller à l’encontre de ce besoin. Ôtez leur religion aux Hommes et ils s’en créeront une autre. L’absence de spiritualité crée la spiritualité. L’Homme a besoin de croire, d’espérer en quelque chose qui le transcende et fasse de lui bien plus qu’un simple être de chair et de sang, et ce n’est pas en décrétant que le rôle premier de l’école doit être de faire respecter la laïcité que cela changera. Cela ne fera que jeter la confusion dans l’esprit des enfants, futurs adultes désorientés.

Sans laïcité, point de salut, nous dit-on. Et qu’est-ce donc que la laïcité pour nos bureaucrates encravatés ? Un monde où le spirituel n’aura plus sa place, un monde dans lequel seul le tangible sera digne d’intérêt. Un monde où l’enfant sera arraché le plus tôt possible à sa famille (censée le pervertir par défaut) par la République, afin de baigner dans un grand tout aux valeurs uniformes et univalentes. Bref, un monde bien-pensant et aseptisé duquel l’esprit ne pourra plus s’échapper et où nous ne serons plus que ce qu’il est vital que nous soyons pour le bien-être de tous : des consommateurs écocitoyens. Adieu l’individualisme et le droit à la différence… Adieu l’individu, bienvenue à la pensée unique.
Car c’est bien à cela que mène une société exclusivement laïque, c’est à la pensée unique, politiquement correcte, et c’est cela que le gouvernement veut mettre en place, même s’il vous dira le contraire et s’en défendra pieusement (sans doute ne se l’avouera-t-il d’ailleurs pas à lui-même).
Ce que nous le soupçonnons de fomenter, c’est la mise en place d’un monde dans lequel il n’y aura plus qu’un lieu de culte possible : le centre commercial de son quartier. Cela a déjà commencé avec l’ouverture ô combien symbolique des magasins le dimanche. Vidons les églises, remplissons les échoppes !
Le christianisme ne s’y est d’ailleurs pas pris autrement lorsque les Pères de l’Eglise ont décidé de répandre leur toute nouvelle doctrine : ils ont construit les premières églises sur les anciens sites païens. On remplace par le remplacement ! Et cela a plutôt bien marché, n’est-ce pas ?
Ce qui se passe actuellement procède de la même démarche.

Et chez nous ?

Sans doute l’aurez-vous compris : la spiritualité est une chose très précieuse dans notre famille, même si ce n’est pas au sens où cela est communément inscrit dans notre conscience collective.

En ce qui concerne le papa des Herbes Folles, cela passe par la musique, la lecture, les légendes, un certain contact avec la nature. Il n’a pas de sensibilité aux religions, ce qui ne l’empêche pas d’avoir certaines croyances. Il n’adosse simplement ces croyances à aucune religion, ceci parce qu’il est naturellement réfractaire à tout discours tendant à lui expliquer comment il doit vivre ou penser et qu’il est de plus assez peu sensible aux rites auxquels il a pu assister dans les lieux religieux.
De fait, s’il est personnellement ce qu'il est convenu d'appeler un athée, il n’en est pas moins croyant en de grands principes de vie et se pose des interrogations relevant beaucoup plus du cheminement spirituel que du souci du matériel et du concret.

Quant à la maman des Herbes Folles, sa spiritualité s’exprime dans un syncrétisme à la fois historique et multi-culturel. Sa formation de préhistorienne, d’égyptologue et plus largement d’antiquisante l’a sensibilisée à la culture dite « païenne » ; en outre, si elle adhère au message du Christ, elle désavoue totalement l’utilisation qu’en a faite l’Eglise catholique à des fins de domination et de manipulation des esprits afin d’installer un contre-pouvoir faisant face au pouvoir temporel des différentes royautés.

Cette absence d’appétence avec la notion même de religion ne nous empêche donc pas d’avoir une certaine spiritualité, au sens où parfois le corps et le matérialisme s’effacent pour laisser la place à des notions beaucoup moins terre-à-terre.
En revanche, aucun de nous n'est réfractaire par principe à la pratique d'une activité religieuse et nous participons sans gêne aux offices des différentes confessions auxquels nous sommes conviés dans des circonstances particulières, tels les mariages par exemple.

L’éveil à la spiritualité de nos enfants

Maria Montessori préconisait de porter une grande attention à l’éveil à la spiritualité. Non seulement cela nous semble une évidence, mais nous pensons également que tous les enfants sont naturellement demandeurs.
En effet, les enfants s'interrogent sur des choses relevant bien du domaine de la spiritualité : le souci de la compréhension de la mort arrive relativement tôt, mais il y a également la vie, la pensée, l'imagination, la créativité, autant de domaines qui font clairement partie d'une activité spirituelle.

Prenons l'exemple de la mort : lorsqu'en 2009, Isis, notre chatte de 17 ans, s'est mise à maigrir de façon inquiétante et a fini par disparaître, s'étant certainement isolée pour mourir discrètement sous une haie, nous avons expliqué aux enfants qu'elle était arrivée au terme de son existence et que de petites fées étaient venues la chercher pour l'emmener au pays des chats. Pour des enfants de 5 et 3 ans, il s'agissait de l'histoire que nous avions choisie afin de leur présenter cet événement sous un aspect autrement plus positif que ne l'aurait été le discours "elle doit être décédée sous une haie, maintenant elle va être mangée par des insectes et des vers et d'ici quelques semaines, il n'en restera plus rien." Certes, la seconde option est peut-être plus réaliste, mais c'est justement ce qui, pour nous, fait la différence entre une vie ancrée dans le matérialisme et une vie où la spiritualité a une place. Peut-être ne leur présenterions-nous plus la chose comme cela aujourd’hui, car nous aussi avons fait un petit bout de chemin sur les sentiers de l’indicible, mais cela leur a donné la confiance en une providence immatérielle dont, nous le croyons, notre monde a bien besoin aujourd’hui.

L'éducation de Cosme et Aliénor comprend donc une composante spirituelle au sens où nous l'entendons. Nous donnons une place au rêve et à la créativité, aux croyances, aux doutes, aux interrogations dont la réponse n'est pas forcément vérifiable, aux discussions sur des sujets que même nous, leurs parents, ne pouvons maîtriser.
Cheminer sur les sentiers de la spiritualité est un acte personnel et ce que nous trouverons au bout de la route sera tout aussi personnel, mais nous avons besoin d’être accompagnés sur ce sentier, afin de ne pas nous égarer en route.

Ainsi, depuis quelque temps, Aliénor nous interrogeait régulièrement sur Jésus sans que nous sachions exactement d’où lui étaient venues ses questions, ne pratiquant nous-mêmes aucune religion réellement définie. Il nous a semblé logique de répondre à ses questions et nous lui avons procuré une Bible adaptée aux enfants de son âge. Cette Bible est à sa disposition et elle s’y plonge lorsqu’elle en ressent le besoin. Maintenant, quand elle nous demande d’entrer visiter une église au hasard de nos promenades en famille, elle nous pose quantité de questions au sujet des scènes représentées ou sur l’ambiance particulière de ces lieux. Elle est visiblement en recherche de spiritualité et c’est notre rôle de parent que de l’accompagner dans cette démarche.

Aliénor avait envie d’assister à une messe, aussi avons-nous profité de ce dimanche de la Pentecôte pour l’emmener réaliser son souhait. Pendant les presque deux heures qu’a duré la cérémonie, elle n’a eu de cesse de nous poser des questions sur tout ce qu’elle voyait et nous y avons répondu dans la mesure de nos connaissances. Nul doute qu’un petit chemin va s’ouvrir dans son esprit et qu’il y aura probablement une suite…

Cosme, quant à lui, aime aussi à entrer dans une église, mais c’est plutôt pour l’odeur particulière de ces lieux, la beauté des formes architecturales et les couleurs - il adore les rayons du soleil qui passent au travers des vitraux. Quant à la présence de Dieu en ce lieu, il y semble aussi insensible que son papa. Il préfère, semble-t-il, exprimer sa spiritualité par la créativité artistique, le contact à la nature et le rêve.

La laïcité agressive de la France

Récemment, les Américains, grands défenseurs du respect de la liberté religieuse, ont critiqué vertement la laïcité agressive de la France. Si nous sommes loin de partager toutes les idées du gouvernement américain, nous ne pouvons en revanche qu’applaudir à cette initiative qui devrait faire réfléchir nos politiques.

En effet, même si les auteurs du projet français de morale laïque s’en défendent, il est bien à craindre que demain, au travers de ce nouvel enseignement, nos écoles apprennent aux enfants comment vivre en appliquant exclusivement les principes de la République dans laquelle ils sont nés et en s’interdisant toute démarche spirituelle originale ou novatrice.

Ces grands penseurs de la pédagogie moderne oublient simplement que quantité de civilisations florissantes se sont construites et se sont développées sur des bases essentiellement spirituelles. En niant aujourd’hui la force du spirituel et en stigmatisant l’ensemble des croyants sous couvert de protection civile contre une poignée d’intégristes, nous fermons simplement la porte au développement d’une culture réellement humaniste, préférant éduquer des générations de citoyens à l’obéissance et au respect des élites qui nous gouvernent (cela fera l’objet d’un autre article).

Aujourd’hui, on utilise le fait indiscutable que certains parents ne donnent plus à leurs enfants la notion de valeurs pour imposer à tous l’enseignement universel d’une morale d’Etat, sans se soucier de savoir si cet enseignement sera cohérent avec les valeurs que d’autres parents, aimants et attentifs quant à eux, essaient de donner à leurs enfants dans le strict cadre familial.
Nous avons justement la prétention de faire partie de ces parents bienveillants et, en tant que tels, nous continuerons à apprendre à Aliénor et Cosme à être des « gens biens », mais nous comptons bien nous appuyer pour cela autant sur leurs apprentissages dits fondamentaux que sur leur droit à découvrir leur propre chemin spirituel, qu’il passe ou non par une religion.

Delphine et Eric, parents des Herbes Folles

20 mai 2013

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