En avril 2012, nous avons fait le choix d’inscrire Aliénor et Cosme aux cours par correspondance Sainte-Anne. Le bilan de l’année de CP en a été extrêmement positif et nous avons donc débuté le niveau CE1 en mars 2013. A l’issue de deux modules seulement, mais également du fait de réflexions familiales en cours sur notre conception de l’instruction, nous avons décidé de mettre un terme à cette expérience et reprendre une simple instruction en famille, sans recours à aucun organisme d’enseignement.

Nous faisons aujourd'hui le point sur ce mode d’instruction, ses particularités législatives, les attaques dont il est l’objet, les raisons qui nous ont décidés à y avoir recours puis enfin les conclusions qui nous amènent à l’abandonner.

Le cadre légal

Légalement, qu’est-ce qu’un cours par correspondance ?

Peu de personnes savent que pratiquement tous les cours par correspondance ont le statut d’établissement d’enseignement. D’un point de vue purement juridique, il n’y a aucune différence notable entre une inscription dans un cours par correspondance et l’école de votre quartier. En effet, la loi est sans équivoque :

« Les personnes responsables d'un enfant soumis à l'obligation scolaire définie à l'article L. 131-1 doivent le faire inscrire dans un établissement d'enseignement public ou privé, ou bien déclarer au maire et à l'inspecteur d'académie-directeur des services départementaux de l'éducation nationale, qu'elles lui feront donner l'instruction dans la famille. »

Ce texte ne faisant aucune distinction entre l’enseignement à distance et l’enseignement en présentiel, Aliénor et Cosme ont bien été scolarisés durant une année, au même titre que les enfants qui prennent la route le matin pour rejoindre leurs petits camarades dans une salle de classe. C’était uniquement la façon de prodiguer l’enseignement et le contenu du programme qui différaient.

Cependant, probablement afin de préserver les enfants contre toute maltraitance psychologique sous couvert d’enseignement à distance, la loi prévoit que l'enquête de la mairie requise dans le cadre d’une instruction en famille l'est également dans celui d’un cours par correspondance :

« Les enfants soumis à l'obligation scolaire qui reçoivent l'instruction dans leur famille, y compris dans le cadre d'une inscription dans un établissement d'enseignement à distance, sont dès la première année, et tous les deux ans, l'objet d'une enquête de la mairie compétente, uniquement aux fins d'établir quelles sont les raisons alléguées par les personnes responsables, et s'il leur est donné une instruction dans la mesure compatible avec leur état de santé et les conditions de vie de la famille. »

En revanche, le contrôle de l’instruction organisé par l’Inspection Académique requiert quant à lui une déclaration d’instruction en famille, non exigible du fait du premier article de loi sus-cité. Les familles ayant fait le choix d'un cours par correspondance en sont donc dispensées.
Cependant, le ministère de l’Education Nationale a décrété de sa propre autorité que la loi devait être modifiée et a publié une circulaire interne dépassant largement le cadre légal. Une circulaire n'ayant aucune valeur juridique, certains juges et avocats l'appliquent cependant, convaincant même nombre d’associations qui en viennent à affirmer en particulier à leurs adhérents que l’enseignement à distance est soumis à contrôles ou arrivent à m’écrire que la circulaire de début 2012 amène des avancées positives pour l’Instruction En Famille !!!

Nous sommes donc actuellement dans une situation où notre belle démocratie trouve des voix au sein de la justice et des défenseurs de l’IEF pour applaudir lorsqu’un simple ministre foule aux pieds la séparation des pouvoirs, fondement même d’un Etat de droit, et tente de légiférer en son nom pour imposer sa conception personnelle de la loi.

Pour notre part, devant l'insistance de notre Directeur des Services Départementaux de l’Education Nationale des Deux-Sèvres à organiser ce contrôle de l'instruction de nos enfants, nous avions proposé un arrangement pour le moins original : nous le laisserions l'organiser à la seule condition qu'il désavoue l'inspecteur qui nous harcelait et nous manquait de respect depuis deux années et nous adresse un autre inspecteur, compétent, attentif et respectueux. Nous n'avons jamais reçu de réponse à cette exigence mais avons néanmoins eu la surprise de constater que nous obtenions satisfaction en étant contactés par une nouvelle inspectrice pour l'organisation du contrôle de cette année.

Ce dernier contrôle a eu lieu le 29 avril dernier et, si vous êtes abonnés à notre Newsletter, vous avez pu lire récemment qu'il s'est déroulé fort correctement. Cela est donc possible, c'est le point à retenir, même s'il reste dommage de devoir déployer de tels moyens pour obtenir simplement que des fonctionnaires de l'Etat restent dans leur rôle et respectent les choix des familles.

Quant à l'année prochaine, le problème de savoir si nous refuserons ce contrôle ne se posera pas : n'étant désormais plus inscrits en cours par correspondance, nous ne pouvons plus nous y soustraire.
Nous n'aurons pas l'occasion de savoir si l'Inspection Académique était prête à nous attaquer en justice pour ce motif car, nous pouvons vous le dire aujourd'hui, nous avions décidé de demander la stricte application de la loi l'année prochaine, quitte à faire jurisprudence sur ce point.

Pourquoi mettre un terme à notre fructueuse collaboration avec les cours Sainte-Anne ?

Aliénor et Cosme ont bénéficié durant une année d’un enseignement d’une qualité remarquable. Nous avons tiré un bilan extrêmement positif de l’année de CP et ne regrettons rien de ce choix. Nous tenons à témoigner aujourd’hui que les parents qui recherchent un enseignement structuré, suivi de façon sérieuse et bienveillante et permettant d’atteindre l’excellence en matière de connaissances peuvent s’adresser sans réserve à cet établissement.
A noter néanmoins un détail pouvant paraître important pour certaines familles : les cours Sainte-Anne sont des cours catholiques. Après avoir été extrêmement attentifs à cet aspect car nous refusons tout prosélytisme, même si nous ne sommes pas opposés à la pratique d’une religion ainsi que vous avez pu le lire dans notre dernier article, nous avons tout de même inscrit les enfants. Malgré les avis d’autres familles lus sur certains sites, je peux témoigner que nous n’avons jamais ressenti de pression sur ce point ; notre volonté de ne pas suivre les cours de catéchisme n’a pas donné lieu à remarque désobligeante ou insistance particulière.

Ainsi, durant une année, Aliénor et Cosme ont énormément avancé en lecture, écriture et calcul. Nous sommes entièrement satisfaits par leur progression ; ils écrivent, lisent et comptent beaucoup mieux que la grande majorité des enfants de leur âge.
C’est plutôt sur le sujet des méthodes que le problème s’est posé pour nous en commençant le niveau du CE1.

Le point qui commençait à nous préoccuper concernait la motivation de nos enfants.

L’un des fondements de notre choix réside dans notre refus de tuer le goût naturel de l’apprentissage, que nous constatons non seulement chez nos enfants mais également chez tous les autres. Nous affirmons que ce goût s’éteint chez la majorité des enfants lorsqu'ils commencent à fréquenter l’école.
La raison en est simple : les programmes sont faits dans l’objectif de donner un certain éventail de connaissances à l’ensemble des enfants, sans se préoccuper de leurs appétences individuelles, de leurs facilités, de leurs difficultés. De plus, les méthodes employées par l’Education Nationale sont pour le moins douteuses, à tel point que lorsqu’il m’est demandé d’aider des enfants de ma famille en mathématiques (domaine dans lequel j’ai la prétention d’exceller), je dois relire plusieurs fois certains énoncés, non pas pour comprendre ce qui est demandé mais pour arriver à reformuler de façon que l’enfant saisisse simplement ce qu’on attend de lui. Je suis en effet régulièrement surpris de constater qu’un énoncé qui pourrait être simple semble être compliqué par plaisir, dans un but que j’ai malheureusement peur de saisir (nous aurons l’occasion d’en reparler prochainement).

Les cours Sainte-Anne n’emploient pas du tout ces méthodes mais l’une de leurs caractéristiques est de viser à l’atteinte de l’excellence. La question qui se pose donc est la suivante : s’agit-il là de l’objectif que nous poursuivons pour nos enfants ?

La réponse est évidente : non.
Nous ne recherchons pas l’excellence pour nos enfants. Nous cherchons à ce qu’ils se réalisent, se construisent, soient heureux. Et tout ceci passe par une instruction d’une très grande qualité, mais pas uniquement par cela. Leur construction passe également par le respect de leurs appétences. Si excellence il doit y avoir, alors ce sera parce qu’ils auront choisi d’aller sur cette voie, et non parce que leurs parents l’auront décidé. De plus, les chemins de l’excellence sont nombreux et ne passent pas forcément par les matières « classiquement » enseignées : nombre d’artistes, de sportifs ou d’artisans ont atteint l’excellence dans leur domaine, sans tous avoir été de brillants élèves dans leur enfance.

Or, les méthodes des cours Sainte-Anne sont inspirées des cours du milieu du XXème siècle. Nous pensons que ces méthodes ont donné à l’évidence de très bons résultats en matière de connaissances mais qu’elles n’ont pas toujours laissé un bon souvenir aux enfants qui y ont été soumis, enfants qui sont maintenant les grands-parents de cette génération actuellement sacrifiée par l’Education Nationale.

Observer nos enfants

De la même façon que l’école n’est pas adaptée aux enfants, les cours Sainte-Anne ne nous semblent plus adaptés à Cosme et Aliénor.

Lorsque nous avons créé ce blog en novembre 2012, nous avons voulu lui choisir un nom en rapport avec nos objectifs, notre personnalité, notre philosophie de vie et l’amour que nous témoignons chaque jour à nos enfants par le choix que nous avons fait pour eux. C’est Delphine qui a trouvé l’image des Herbes Folles, tant il est vrai que nos enfants sont tels ces plantes qui poussent librement, sans être contraintes dans un sens ou un autre.
C’est à cette démarche fondamentale que nous revenons aujourd’hui : laisser nos enfants choisir comment ils souhaitent grandir.

Aliénor veut grandir sur scène : à 8 ans, il ne se passe pas une journée sans qu’elle exprime son goût de la représentation et de la scène. Une heure de danse par semaine ne lui suffit plus ; l’année prochaine, elle doublera ce rythme, puis elle y ajoutera le théâtre. Quant à la trompette, elle s'interroge actuellement et ne sait trop si elle va mettre fin à l'expérience pour toucher à la harpe, continuer sur la même voie ou abandonner la pratique d'un instrument pour tenter d'autres choses encore. Pour elle, son avenir passe assurément par la scène et le spectacle, cela ne fait aucun doute dans son esprit. Notre priorité doit donc être celle-ci, tout en conservant une attention soutenue pour les fondamentaux qu’elle se doit d’acquérir, non parce que c’est la loi mais simplement parce que c’est également vital pour sa construction personnelle.

Cosme, quant à lui, ne sait pas où il veut aller et il ne semble pas être prêt à se poser la question. Il profite de la vie et de ce qu’elle lui apporte. Il bricole avec son grand-père, il joue et danse avec sa sœur, il se plonge avec bonheur dans l’observation de la nature, tant des animaux que des plantes, du ciel, de l’eau et de la terre, il est curieux de tout, apprenant naturellement dans de nombreux domaines à la fois, en saisissant le moment, non en obéissant à des exigences imposées par ses parents.

Le retour aux fondamentaux de l’enseignement informel

Nous avons donc pris la décision de revenir à un enseignement informel, ce qui nous a amenés à réfléchir au changement d’organisation que cela allait générer. Qu’allions-nous faire maintenant ?

Notre décision a été d’arrêter de raisonner par souci de ce que pourrait penser l’Education Nationale. Raisonner sur l’objectif de l’atteinte d’une réelle instruction, bien au-delà de ce socle commun des connaissances bien peu ambitieux, voilà le secret !

A ce jour, nous ne faisons plus rien pour imposer à nos enfants de s’instruire au sens où cela est communément imposé par l’Etat. Nous les instruisons simplement en leur donnant les moyens de suivre leurs envies naturelles, en nous appuyant sur l’aspect sensoriel de la pédagogie Montessori, sur de multiples supports (livres, DVD, sorties, matériels divers) et ils progressent ainsi de jour en jour. Leur progression ne s’appuie plus sur un programme structuré, elle s’appuie maintenant sur la confiance que nous leur faisons et notre capacité, il est vrai, à leur donner la nourriture dont ils ont besoin pour s’instruire naturellement.

Aliénor et Cosme n’ont jamais perdu leur sourire, leur joie de se lever le matin et de vivre toutes leurs journées avec leur maman.
Les questions que nous nous posions, dans l’objectif de leur proposer le meilleur pour eux, nous ont amenés à les inscrire à un cours par correspondance et ce choix a été bénéfique pour leurs apprentissages, nous ne regrettons rien.

Mais Cosme et Aliénor tracent désormais leur route en ayant un besoin de liberté incompatible avec les contraintes d’un enseignement basé sur un programme. A compter d’aujourd’hui, nous choisissons de répondre sans réserve à ce besoin.

Eric, le papa des Herbes Folles

26 mai 2013

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