Dans notre dernier article, nous vous avons exposé les raisons pour lesquelles nous avons choisi de proposer à nouveau une instruction informelle à Cosme et Aliénor.

Ainsi que vous l’aurez compris, l’objectif principal est de respecter les personnalités et appétences de nos enfants. Aujourd’hui, nous vous proposons donc de préciser comment nous comptons les accompagner en utilisant une compétence innée : le jeu.

L’apprentissage par le jeu

Ainsi que le disait André Stern dans une conférence dont vous trouverez un extrait en fin de cet article, tout enfant joue de façon totalement naturelle. Nos enfants ont besoin de manger et dormir et, quand ils ne se livrent pas à l’une de ces deux activités, ils jouent.

Très peu de parents auraient l’idée d’empêcher leur enfant de jouer, jusqu’à ce qu’arrivent ses trois ans et sa première rentrée des classes. A partir de ce moment, l’enfant doit « passer aux choses sérieuses » et apprendre sous la contrainte. Si cela ne lui procure aucune satisfaction, tout le monde s’accordera à dire - y compris ses propres parents - qu’il entre maintenant dans l’apprentissage de la vie et qu’il est donc bien normal qu’il soit forcé, éventuellement à coup de mauvaises notes faisant appel à l’intervention parentale afin que même la famille participe à l’injonction d’instruction faite à l’enfant.

Mais tout ceci est bien normal, me diront certains, car l’enfant a droit à l’instruction. C’est pour son bien.
La réalité, c’est que l’instruction en France n’est pas un droit mais bien un devoir qui, tel qu'il est imposé par les méthodes de l'Education Nationale, nuit à la construction du futur adulte. Combien d’enfants ne peuvent pratiquer pleinement une activité qui les passionne, tant leur disponibilité est entièrement centrée autour de l’exercice d’une autre activité jugée plus essentielle pour eux : aller à l’école ?

Pourtant cette école, en imposant un enseignement uniforme basé sur des programmes, empêche nos enfants de se consacrer à ce qu’ils aiment et fait donc l’inverse de ce qu’elle devrait faire : observer les enfants, leur donner les moyens d’avancer dans les activités qu’ils se sont choisis et s’en tenir au minimum vital dans les disciplines qui ne leur suscitent aucun enthousiasme.

La véritable instruction, celle qui devrait permettre aux enfants de se réaliser tout en apprenant l’essentiel, doit mettre le jeu au centre de ses méthodes. Mais lorsque je parle de jeu, je ne parle pas uniquement de devenir un expert au 1000 bornes et à la bataille. Je parle du jeu dans sa définition première, définition que l’enfant lui-même maîtrise bien mieux que l’adulte.

Pour l’enfant, toute envie mène à un jeu

Le jeu consiste pour l’enfant à pratiquer une activité pour le simple motif qu’il en a envie et qu’elle lui procure une certaine satisfaction. Pour Cosme et Aliénor, faire une partie de 1000 bornes avec leur maman est effectivement un jeu, tout comme l’est un après-midi de jardinage, le fait de danser ensemble ou avec leur amies. Et ce n’est pas tout, ils jouent aussi à faire la cuisine, prendre de belles photos, dessiner, lire, écrire, compter, nager, faire du vélo, jouer de la musique, chanter, ramper dans l’herbe pour observer des grillons, nous expliquer ce qu’ils ont découvert grâce à « C’est pas sorcier », construire de belles choses avec leurs mains et quelques outils judicieusement choisis…

Pour nos enfants, toutes ces activités sont simplement des jeux qui les amènent à réfléchir, chercher des solutions, poser des questions, construire progressivement une bonne capacité à raisonner, maîtriser des techniques et des savoirs… en bref, la pratique du jeu répond à leur envie de progresser et apprendre, tout en respectant leur droit à choisir eux-mêmes les domaines dans lesquels ils souhaitent devenir de futurs experts.


Pourquoi, dans ce cas, notre société met-elle autant d’énergie et d‘insistance à vouloir obliger les enfants à accomplir des choses qui ne les intéressent pas ou pour lesquelles ils ne sont pas prêts?

La réponse tient en un mot : futilité.

Le jeu est considéré comme une activité futile réservée à des moments de repos. Et donc, le fait de jouer à longueur de temps est révélateur, du moins le croit-on, d’un tempérament passif et faible. Partant, il convient de tuer dans l’œuf cette appétence pour le jeu et faire comprendre à nos enfants que le travail contraint, c’est toute leur vie, alors que le jeu n’est autorisé qu’à titre de récompense une fois le dur labeur accompli.

Il serait pourtant si simple de s’appuyer sur ce goût du jeu pour faire en sorte que les adultes que nous devenons travaillent par plaisir plutôt que par nécessité.

Une vie sans contraintes ?

La question qui nous est alors régulièrement posée à ce sujet est la suivante : mais ne vont-ils pas avoir du mal à accepter les contraintes ?

Il est surprenant d’entendre que la pratique permanente du jeu générerait automatiquement l’incapacité à accepter les contraintes, alors que c’est exactement l’inverse. Les enfants qui exercent leurs apprentissages en jouant acceptent évidemment les contraintes puisqu’elles leur permettent justement de continuer à progresser dans ces activités qui leur plaisent. Ils considèrent ces contraintes comme des moyens d’avancer. Nous le voyons beaucoup dans la perception qu’ont nos enfants de leurs cours de danse : dans leur esprit, les consignes qu’ils doivent respecter leur permettront dans quelques années de danser aussi bien que les « grandes » ; ils n’en voient donc que l’aspect positif.

A l’inverse, un adulte ou un enfant à qui l’on impose une tâche qui ne lui plaît pas sera logiquement le premier à ne pas accepter qu’on lui dicte en plus des règles qui le contraignent. Il a donc fallu inventer la promotion de carrière et l’entretien individuel du salarié afin de générer artificiellement une bonne raison d’obéir aux contraintes. On a remplacé le simple plaisir du travail accompli par la course à la promotion sociale.

Penser aux objectifs et non aux méthodes

Or quel adulte, aujourd’hui, maîtrise à degré égal les mathématiques, la lecture, l’histoire, les sciences physiques, la philosophie, la biologie, la géographie, la musique, le sport, les activités manuelles et toutes les disciplines qu’on lui a imposées étant enfant ? Assurément aucun, convenons-en.

Nous tous, adultes scolarisés durant notre enfance, avons perdu énormément de temps à apprendre des choses qui nous ennuyaient et dont nous n’avons aucune utilité aujourd’hui, sur la base du principe universel selon lequel l’instruction devrait couvrir toute l’étendue de ce que l’on nomme la culture générale.
Nous avons certes été autorisés à jouer durant les week-ends et les mercredis après-midi, une fois les devoirs accomplis, et ces méthodes d’éducation ont relégué le jeu au rang d’une activité de repos, d’une simple récompense.
L’erreur est bien là : le jeu est avant tout le moyen majeur choisi par l’enfant pour se construire dans l’équilibre, développer son imaginaire et sa créativité, acquérir des compétences et des connaissances qu’il choisit librement. De plus, il est à noter que les quelques enfants autorisés à se plonger longuement dans leurs passions naissantes deviennent ensuite des adultes continuant à progresser, non des adultes besogneux s’abrutissant dès que possible de produits de consommation rapide et de soupe télévisuelle.

L’enfant connaît donc dès sa naissance la meilleure méthode pour grandir et acquérir des compétences intellectuelles, manuelles et sociales : le jeu. Nous, adultes, devons respecter le droit de l’enfant à appliquer cette méthode et atteindre ainsi l’objectif qui lui est fixé : devenir simplement un adulte autonome capable de mener sa vie.

Eric, le papa des Herbes Folles

9 juin 2013

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