Au gré de mes régulières pérégrinations sur le net, je suis toujours très attentif aux réactions que je peux lire lorsque la question de l’injonction de scolarisation est évoquée.

Rappelons que la loi, dans le cas où des enfants ne seraient pas réellement instruits chez eux, donne autorité au Directeur des Services Académiques pour adresser à la famille une injonction de scolarisation. Il faut pour cela qu’il ait en sa possession des éléments issus de deux contrôles, éléments démontrant que la progression de l’enfant n’est pas suffisante pour une atteinte du socle commun des compétences à 16 ans.

Mais aujourd’hui, certains juges se mettent à interpréter et contourner la loi en approuvant un suivi calqué sur les niveaux scolaires, espérant ainsi faire jurisprudence. Y parviendront-ils ou non, là est la question mais ce n’est cependant pas pour nous la plus importante.

La question qui nous paraît essentielle est plutôt la suivante : que se passerait-il si quelqu’un, juge ou inspecteur d’académie, parvenait à nous imposer une scolarisation d’Aliénor et Cosme ?

Avant-propos

Avant toute chose, il me semble important de faire une mise au point importante. Notre ministère nous explique qu’au nom du droit à l’instruction, il est essentiel de mettre en place des moyens d’imposer cette instruction aux enfants qui n’en bénéficieraient pas. Ces moyens sont loin d’être modérés puisque la loi prévoit d’envoyer des parents en prison s’ils n’obéissent pas, organisant dans le même temps le traumatisme psychologique d’enfants dont les parents choisiraient la désobéissance plutôt que la soumission. Mais vous comprenez, c’est pour le bien des enfants ; devenus eux-mêmes adultes, ils remercieront certainement l’Etat de les avoir tirés de cette famille réfractaire et de leur avoir permis de rencontrer enfin la vraie vie !

Cela est très habile : je n’ai personnellement pas peur d’aller en prison, mais j’ai en revanche peur que l’on traumatise mes enfants. C’est sur cette dernière crainte que s’appuient nos gouvernants pour tenter d’imposer leur idéologie éducative, imaginant bien qu’au moment de devoir me diriger vers les geôles de l’Etat, je choisirai finalement l’école pour éviter à mes enfants d’être séparés de leur père durant plusieurs mois.

Mais comme j’ai beaucoup d’imagination, je vais me permettre d’aller au bout du concept.

Je vais imaginer que mes enfants ne seraient pas traumatisés par l’emprisonnement de leur père et je vais également imaginer que mes enfants vivraient bien la pression que leur mère mettrait alors sur l’Education nationale.
Car voyez-vous, s’il y a une chose que les inspecteurs oublient, c’est que notre famille, soumise à une injonction de scolarisation, aurait réellement les moyens de rendre la vie de l’école totalement impossible.

Nous sommes dans le domaine de l’imaginaire, certes, mais voyons néanmoins jusqu’où une telle situation pourrait nous mener. Abandonnons toute modération, ne nous donnons aucune limite et projetons-nous dans nos relations avec notre future école imposée.

Gérer l’injonction de scolarisation

Un matin, je me dirige vers ma boite aux lettres et découvre un courrier de l’Education nationale me signifiant mon obligation d’inscrire mes enfants dans un établissement scolaire sous 15 jours. Plutôt que d’y répondre ou de porter l’affaire en justice, je décide de ne rien faire et continue à vivre ma vie.

En effet, je ne veux pas obéir, je préfère que l’Education nationale aille au bout de la démarche et vienne me chercher chez moi. Je veux qu’elle me montre toute l’étendue de ce qu’elle est capable de mettre en œuvre pour me faire plier.

Deux semaines plus tard, je reçois probablement un nouveau courrier me demandant où j’ai inscrit mes enfants. Bien évidemment, je continue à ne pas répondre car je veux maintenant que ce soit un juge, et non pas un directeur académique dont je ne reconnais absolument pas la légitimité, qui me contraigne à scolariser mes enfants.

Dans une telle situation d’affrontement, il ne va pas falloir des lustres avant qu’un juge ne valide effectivement la décision de scolarisation de mes enfants.

Désobéir

Mais en ma qualité de parent et de premier responsable de l’éducation de mes enfants selon l’article 26-3 des Droits de l’Homme, je juge que l’école n’est absolument pas adaptée à mes enfants. Je refuse donc d’obéir à la justice car je place les Droits de l’Homme au-dessus du droit français et je n’inscris toujours pas mes enfants dans une école.

La loi française dit que je risque alors 7 500 € d’amende et 6 mois de prison.

Si je prends ce risque et que je médiatise ma situation, je mets l’Etat en difficulté car personne, à ma connaissance, ne s’est encore retrouvé en prison pour avoir refusé d’inscrire ses enfants à l’école.

Il est plus que probable que la justice choisira une solution intermédiaire et me condamnera uniquement à 7 500 € d’amende, sans m’imposer la prison. L’opinion publique y verra alors un simple citoyen puni pour désobéissance, alors qu’une peine de prison risquerait de provoquer des réactions plus vives. Imaginez plutôt : l’Etat, devant les résultats accablants de son école, envoie en prison des parents ayant choisi l’instruction en famille.

Mais c’est sans compter le citoyen responsable que je suis qui va alors exiger du juge que la loi soit intégralement appliquée : c’est moi-même qui vais exiger la peine de prison ; et s’il le faut, je m’enchaînerai aux grilles de la prison pour qu’on me laisse purger ma peine !

Un papa en prison pour refus de scolarisation de ses enfants ?

Admettons : la peine de prison est prononcée. 6 mois ferme.

Loin de m’abattre, cette situation va me pousser à mettre à profit cette période d’enfermement pour lancer l’un des projets que je n’ai pas encore eu le temps de réaliser : écrire un livre sur l’instruction en famille, les dangers de l’Education nationale et la politique d’organisation d’une analphabétisation de masse mise en place par nos gouvernements successifs. Ma situation est certes inconfortable - personne ne pense que la prison est une vie heureuse - mais elle me donne néanmoins la possibilité de réaliser l’un de mes projets. Je m’y consacre donc avec ardeur.

Première journée d’école pour Aliénor, Cosme et leur maman !

Pendant ce temps, Aliénor et Cosme sont inscrits à l’école car, dans le cas contraire, leur maman ira aussi en prison. L’Education nationale a obtenu gain de cause ; du moins le croit-elle.

Lundi matin, Delphine emmène les enfants à l’école.

On lui demande, entre autres documents, le carnet de santé des enfants, document qu’elle refuse de produire au motif que ceci est un domaine qui ne concerne que notre famille et notre médecin. L’école doit alors faire un choix inhabituel : soit elle accepte exceptionnellement d’accueillir des enfants sans être assurée qu’ils sont vaccinés, soit elle les renvoie chez eux.

Admettons : nos enfants sont acceptés sans certificat de vaccination.

Ils se dirigent vers leur salle de classe avec leur maman qui refuse de s’en séparer.
En vertu de l’article 9 de la convention internationale des droits de l’enfant, signée par la France, Delphine ne donne pas son accord pour être séparée de ses enfants ; elle exige d’assister au cours. Cela va poser un nouveau problème à l’école car cette pratique n’est pas du tout dans ses habitudes, elle qui a le plus grand mal à imaginer que l’éducation des enfants pourrait constituer une démarche collaborative avec les parents. Pourtant, Delphine reste ferme : soit elle reste avec ses enfants, soit elle part avec eux.

Admettons : Delphine s’installe avec les enfants dans la salle de classe.

Ce jour-là, il est prévu de lire un livre édité dans le cadre du programme de lutte contre les stéréotypes de genre. Delphine invoque alors le protocole additionnel à la Convention européenne de sauvegarde des Droits de l’Homme et des libertés fondamentales de 1952 ; elle rappelle que l’école doit s’assurer que les enseignements donnés sont en accord avec les convictions philosophiques et religieuses de notre famille. En toute logique, elle interdit l’étude de ces livres par nos propres enfants et met l’école devant un nouveau choix difficile : priver l’ensemble de la classe de cette lecture ou accepter que notre famille quitte immédiatement l’établissement scolaire.

Evidemment, le discours de Delphine aurait été le même envers la méthode globale ou l’apprentissage par cœur de textes qui n’intéressent pas les enfants. A l’inverse, Delphine va certainement exiger, en accord avec ses choix pédagogiques, qu’une attention très soutenue soit portée à l’éveil aux arts, aux activités manuelles dont raffole Cosme, au sport, à la nature, à la réflexion critique plutôt qu’à l’apprentissage irréfléchi de dogmes et de principes jugés universels, etc…

Admettons : Delphine assiste à tous les cours, les méthodes de l’école respectent l’intégralité de nos principes éducatifs, philosophiques et religieux.

Arrive alors le jour du premier contrôle de connaissances. Aliénor et Cosme obtiennent évidemment une bonne note.
L’école vient donc d’attester que nos enfants sont correctement instruits, et ceci moins d’un mois après leur première rentrée scolaire imposée. Nos années d’instruction en famille ont donc porté leurs fruits, nous en avons la preuve écrite signée par un fonctionnaire de l’Education nationale.

Notre première réaction est évidemment de… déscolariser à nouveau nos enfants puisque l’école vient d’admettre que nos méthodes avaient donné les résultats attendus ; elle a ainsi désavoué sa direction académique et la décision de justice.

Prendre le large

Aliénor et Cosme sont donc de nouveau instruits en famille.

Nous savons tous que l’Education nationale risque de se montrer particulièrement désagréable et de tenter une nouvelle injonction de scolarisation, mais il est malheureusement trop tard.

En effet, ce qu’elle ne sait pas, c’est que durant cette période, Delphine a minutieusement préparé notre départ pour une contrée située à l’extérieur de l’Union Européenne et qu’il va être beaucoup plus difficile d’imposer une scolarisation à des Français ne vivant pas sur le sol national.

Un militantisme réaffirmé grâce à l’Education nationale

Et Eric, durant ce temps ?

Eric termine de purger sa peine, il termine également d’écrire son livre. A sa sortie de prison, il se fait éditer, rejoint sa famille et reprend le cours de sa vie militante.

6 mois plus tôt, l’Education nationale tentait de faire plier une famille française ayant fait un choix légal et s’occupant avec amour et sérieux de ses enfants.

Aujourd’hui, l’Education nationale va devoir tenter de faire plier un militant expatrié qui va utiliser son expérience et ses connaissances pour défendre les familles harcelées en France et dénoncer avec force les multiples atteintes aux Droits de l’Homme auxquelles se livre ce grand donneur de leçons qu’est notre pays.

Oui, nous sommes bien dans la fiction car nous savons que la situation serait difficile pour nos enfants et c’est sur cela que se basent les inspecteurs de l’Education nationale qui privilégient, quoi qu’ils en disent, la défense de leur institution et de leur carrière devant le bonheur de nos enfants.

Certes, nous savons que dans une telle situation, nous n’irions pas jusqu’à ces extrémités car certaines d’entre elles seraient insupportables pour Aliénor et Cosme, mais nous pouvons néanmoins assurer que l’école qui nous serait imposée vivrait des situations très difficiles et serait heureuse d’apprendre finalement notre départ.

Vous, parents qui instruisez vos enfants, essayez à votre tour de vous poser la véritable question : si l’Etat vous imposait une scolarisation de vos enfants, l’école choisie arriverait-elle réellement à tenir sa position face à des parents qui continueraient à résister au sein même de l’établissement ?

La seule force de l’Education nationale face à nous, parents non scolarisants, est bien qu’elle n'aime pas les enfants comme nous les aimons et est prête à les faire souffrir afin de nous faire plier. Ce n’est pas sur notre peur de la prison qu’elle s’appuie mais bien sur notre peur du placement, du traumatisme, de la séparation de la famille. Leur montrer que nous saurons nous défendre est le choix que nous avons fait pour les empêcher de nous nuire.

Aliénor et Cosme sont heureux, notre famille est heureuse et ce n’est pas quelques fonctionnaires en mal de reconnaissance qui y changeront quoi que ce soit.

Sauf à employer les méthodes extrêmement musclées des états totalitaires… notre « Démocratie » y est-elle prête ?

Eric, papa des Herbes Folles

23 décembre 2013

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