De plus en plus de parents me demandent mon avis sur la présence d’un psychologue durant les contrôles des inspecteurs d’académie. En général, ma réponse est la suivante : la loi ne mentionne pas ce point, mais la circulaire 2011-238 destinée aux inspecteurs d’académie le prévoit.

En toute objectivité, une famille ne peut donc invoquer le code de l’Education pour refuser la présence d’un psychologue. D'un autre côté, elle n'est pas tenue d'obéir à une circulaire de l'Education Nationale. Que faire alors ?

La réponse à cette question réside dans le code de déontologie des psychologues.

Aujourd'hui, je vous explique pourquoi un psychologue ne mettra pas les pieds chez nous lors d’un contrôle de l’inspection académique, et surtout comment j'imposerai mon point de vue à l'Education Nationale si besoin.

Psychologue et Instruction en Famille, quel rapport ?

Tout d’abord, je m’excuse auprès des puristes mais je vais me permettre de ne pas différencier le psychologue des psychiatres, psychanalystes et consorts. Je suis conscient des différences entre ces professions mais elles n’ont pas d’importance notable dans le cadre de ce que je souhaite exprimer ici.

De nos jours, recourir à un psychologue ne relève pas nécessairement d’une pathologie. L’époque où l’on pensait qu’aller consulter un psy dénotait d’une maladie honteuse est heureusement révolue - du moins me plais-je à le penser. A certaines étapes de sa vie, l’écoute d’un psy peut être précieuse pour trouver son propre chemin, continuer à avancer dans sa vie, résoudre les conséquences d’expériences parfois douloureuses ou simplement mieux vivre.

Mais ce qui est important est la motivation qui a amené à voir ce spécialiste.

Je peux estimer de ma propre initiative qu’un psychologue pourrait m’être utile, tout comme mon entourage peut me le proposer. Dans ce dernier cas, mon entourage saura évidemment motiver son avis. Qui accepterait en effet d’aller voir un psychologue suite au simple conseil « tu devrais aller voir un psychologue », sans que ce conseil ne soit contextualisé ?

C’est pour cela que, dans le cas de l’instruction en famille, je suis toujours étonné d’entendre qu’un psychologue puisse intervenir lors d’un contrôle.

L’Education Nationale suppose-t-elle donc, sans connaître la famille ni ses motivations, que le simple fait de se livrer à cette pratique autorisée par la Constitution et la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme est susceptible de provoquer ou de mettre en lumière des problèmes d’ordre psychologique dans la famille ?

De la valeur de l’expertise autoproclamée

Peter Ustinov disait « Si le monde explose, la dernière voix audible sera celle d'un expert disant que la chose est impossible. »

J'apprécie particulièrement cette citation et il m’arrive souvent de la rappeler dans le cadre de mon travail, tant je trouve extraordinaire cette capacité que nous avons tous à ne pas mettre en doute la parole d’un expert, justement parce qu’il est un expert.

Dans notre pays, le diplôme fait tout et, en particulier, il permet à l’expert de ne plus justifier aucune de ses paroles ni de ses idées. C’est lui l’expert, il sait donc ce qu’il fait et surtout, s’il n’est pas d’accord avec vous, alors il a obligatoirement raison. Pis, si vous contrez sa théorie et avez vous-mêmes des arguments imparables, sa qualité d’expert lui permettra tout de même d’obtenir la décision face à vous.

Prenons un exemple : lorsque la BFMTV a diffusé son reportage sur notre famille en septembre dernier, elle a demandé l’avis de Brigitte Prot, pédopsychiatre de son état. Brigitte Prot explique que « pour apprendre, il faut se séparer de sa famille car cela fait partie du processus d’apprentissage ». Soit.

Personnellement, je ne comprends pas en quoi la séparation de la famille permet d’apprendre. J’imagine de plus qu’il ne faut pas être diplômé d’un bac + 15 en psychologie pour se demander dans ce cas comment ont fait tous les enfants qui, durant des millénaires, ont appris des choses sans aller à l’école, en observant et écoutant simplement leurs ainés. Et que penser plus récemment de Jean d’Ormesson qui a appris, je cite, « dans les jupes de sa mère » ? On se demande bien comment il en est arrivé malgré cela à devenir académicien !

Mais je vais plus loin : d’un point de vue purement intellectuel, je me demande quel rapport il peut simplement y avoir entre le fait de ne pas apprendre avec ses parents et le fait d’apprendre correctement.

En admettant que ce soit moi qui n’y comprenne rien, pauvre inculte que je semble être en matière de psychologie de l’enfant, j’attends qu’on me le démontre afin que je me couche plus instruit ce soir. Cela me paraît être la moindre des choses. Pourtant, je ne vois sur le site de Brigitte Prot qu'affirmations, conseils partisans et poncifs. Cette dame affirme simplement des choses, supposant apparemment que sa qualité d’experte ne lui impose pas de démontrer.

Ce n’est pas d’experts dont nos enfants ont besoin

Nos enfants ont moins besoin d’experts que d’adultes attentifs, à l’écoute et respectueux de leur être.

Le psychologue que j’attends est celui qui va mettre ses connaissances au service des besoins de l’enfant, au service de la philosophie de vie de la famille, non celui qui va venir contrôler que mon enfant se comporte comme ceux qui vont à l’école et que l’on envoie justement chez un psychologue au moindre problème, ainsi que me le raconte une multitude de parents stressés, désemparés et persuadés qu’ils ont « raté quelque chose » ou que « leur enfant ne va pas s’en sortir dans la vie ».

Il est donc évident que si nous voulons consulter un psychologue, nous le ferons. Mais un psychologue ne rentrera jamais chez nous dans le cadre d’un contrôle d’instruction en famille.

Tout d’abord parce que, ainsi que je viens de vous l’exposer, nous pensons que rien ne justifie sa présence en matière d’Instruction En Famille.

Ensuite parce que son code de déontologie lui interdit d’être là si nous ne le souhaitons pas. Il faut que tous les parents, scolarisants ou  non, le sachent : le code de déontologie des psychologues leur interdit totalement de s’imposer à vous. Cela est dit dans l’article 9 du chapitre 2 de ce code.

Et enfin parce que si nous souhaitons consulter un psychologue, c’est à nous de le choisir et non à l’Education Nationale de le faire.

Il découle de ceci qu’un psychologue, s’il se présente à nous lors du prochain contrôle, restera sur le palier. Espérons que la météo sera clémente le jour dit !

Eric, le papa des Herbes Folles

25 janvier 2014

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