Lorsque l'on parle d'instruction en famille, les préjugés sont nombreux. C'est pourquoi nous nous sommes fait un devoir de les combattre, au risque de ne pas plaire aux milices de l'Education nationale et autres chantres d'une bien-pensance universellement défendue par nos politiques et médias.

A la liste de ces préjugés, nous en retenons en particulier deux : la supposée désocialisation des enfants non scolarisés et le risque de dérive sectaire. M'étant déjà exprimé sur le premier de ces sujets, je me propose aujourd'hui de faire un point personnel sur le second.

 

 

La secte : une peur entretenue par notre éducation et nos politiques

Récemment, je participais avec Delphine à un atelier de réflexion politique et ai entendu une remarque extrêmement intéressante : un intervenant exprimait son avis selon lequel, de nos jours, le simple fait d'avoir une opinion n'allant pas dans le sens de l'avis majoritaire est prétexte à des conclusions pour le moins hâtives sur nos intentions ou notre orientation politique, religieuse ou philosophique. Ainsi, en cas d'avis jugé « divergent » par l'opinion majoritaire, notre discours peut fréquemment être qualifié d'extrémiste, fasciste ou même sectaire.

Il est vrai que ce type d'accusation facile a le grand avantage de mettre fin au débat : je suis le vilain sectaire, l'avis majoritaire est celui du gentil progressiste.

Mais cela va même plus loin car, si j'en crois certaines réflexions entendues régulièrement à mon sujet, mon ton résolument cynique, moqueur et libre-penseur serait susceptible de faire de moi une cible de choix pour la Miviludes.

Allons donc ! Est-ce à dire qu'une organisation d'Etat aurait du temps à perdre avec un petit particulier qui se contente d'exprimer son ressenti sur son blog ? J'ai du mal à le croire et espère même que mes impôts sont largement mieux utilisés que cela.

Ainsi, sans remettre en doute la sincérité des personnes s'effrayant des effets néfastes de supposées sectes, je m'interroge néanmoins sur cette prédisposition que nous semblons avoir à affubler du qualificatif « sectaire » tout discours ou démarche semblant sortir du « droit chemin ».

Nous-mêmes, je l'admets, avions encore ce réflexe très récemment mais j'ai décidé de prendre un peu de recul par rapport à cette peur de la secte et réfléchir posément au sujet.

Historiquement, comment qualifier une secte ?

Si je reviens à l'avant-Miviludes et que j'essaie d'imaginer ce que représentait autrefois une secte dans notre conscience collective, j'en retiens une image malgré tout assez caricaturale.

Tout d'abord, pour fonder une secte, il fallait un gourou. Le gourou était une personne alliant malveillance extrême et charisme extraordinaire. Ce cocktail détonnant lui permettait d'exercer une emprise sur des personnes, de préférence fragiles, qui croyaient en sa capacité à leur permettre d'accéder à une vie plus heureuse.

Ce gourou leur demandait de s'en remettre totalement à lui, en particulier financièrement parlant et, à ma connaissance, cela ne semblait pas émouvoir particulièrement notre gouvernement.

Où les choses ont commencé à se gâter, c'est bien lorsque certains de ces gourous ont pris la mauvaise habitude de s'entourer de demoiselles de préférence très jolies, promouvoir une totale libération sexuelle, puis organiser de grandes fêtes orgiaques ponctuées pour certaines par un suicide collectif, voire un assassinat de masse.

A ce stade, c'en était trop pour notre gouvernement qui s'est mis en demeure de faire le nécessaire pour stopper ces agissements.

Sur l'intention, évidemment je n'ai rien à redire. Ce sont en revanche les moyens qui m'interrogent.

S'engouffrer dans la brèche pour annihiler toute démarche d'opinion ou de vie différente

Ces cas dramatiques fortement médiatisés sont exceptionnellement rares. Il suffisait donc, à mon sens, de traiter l'aspect criminel de la chose en s'appuyant sur nos lois qui, je l'espère, doivent permettre de stopper de tels agissements.

Mais ce que j'observe, c'est que le gouvernement a préféré, pour empêcher ces pratiques, construire un outil censé nous donner les moyens de détecter une influence sectaire sur la base d'un processus fort douteux : la stigmatisation de certaines habitudes de vie. C'est sur ce point que la MILS, puis la Miviludes, ont été particulièrement promptes à travailler depuis 1998.

Les ficelles étaient très grosses : on s'appuyait sur deux ou trois faits divers, on demandait aux medias d'organiser quelques reportages mettant en évidence la dangerosité bien réelle de certaines organisations puis enfin on créait un organisme chargé d'éradiquer ces mouvements, avec la bénédiction évidente du peuple inquiet que nous étions tous devenus.

Et il faut bien admettre que nous sommes tombés dans le panneau, éduqués que nous sommes depuis notre plus tendre enfance à nous méfier de cet autrui qui ne pense et ne vit pas comme nous.

Ainsi, combien d'entre nous ont pensé un seul instant à mettre en doute les affirmations qui nous étaient faites à la télévision ? Moi le premier, j'ai fermé ma porte aux Témoins de Jéhovah lorsqu'ils sont venus frapper chez moi. J'obéissais simplement aux injonctions médiatiques qui m'expliquaient que les Témoins de Jéhovah étaient dangereux. A tel point que je m'interroge aujourd'hui : si on leur avait imposé de porter une étoile jaune, aurais-je réagi ? Je n'en suis pas certain.

Puis je me suis repris et ai décidé de simplement écouter ces personnes plutôt que m'en remettre à la propagande audiovisuelle. Les Témoins de Jehovah ont frappé chez moi ; je les ai fait entrer ; j'ai écouté ce qu'ils avaient à me dire. Ce qu'ils m'ont dit ne m'intéresse pas, je ne suis pas d'accord avec leurs théories et je pense même qu'ils nient certaines évidences. Je n'adhère pas. Mais aujourd'hui, si je refuse de discuter à nouveau avec eux, c'est parce que je pense que nous perdrions notre temps, non parce que j'obéis à des medias et un gouvernement qui ont tamponné le dossier « Témoins de Jéhovah » du qualificatif de « secte ».

La communication de nos gouvernants : plus c'est gros, plus ça passe !

La Miviludes a mis en place un certain nombre de critères censés nous permettre d'identifier une dérive sectaire. Cette liste est libre d'accès mais l'Etat sait que bien peu d'entre nous vont la consulter. Nous n'avons pas le temps de tout vérifier et sommes donc contraints de nous en remettre aux affirmations qui entretiennent notre peur et la suspicion.

C'est la base même d'une certaine forme de communication, particulièrement prisée par l'Etat français : mentir en affichant une transparence de façade. Nous savons tous qu'un exemple flagrant de cette manipulation d'Etat est la mention régulière à « l'obligation scolaire » faite sur les sites du gouvernement alors que le droit international parle bien de simple « droit à l'instruction ». L'instruction n'est pas l'école, un droit n'est pas une obligation ; cela n'empêche cependant pas le gouvernement de mentir effrontément sur ses sites qui, de fait, en deviennent des outils de propagande et non d'information.

Sur ces mêmes sites gouvernementaux, la Miviludes nous explique que pour reconnaître une emprise sectaire chez un proche ou dans une organisation, il existe des signaux d'alerte. Ces signaux sont nombreux, mais la prudence est indispensable : toute dérive sectaire ne répond pas forcément à tous ces critères et, réciproquement, ces critères réunis ne signifient pas automatiquement que nous sommes en présence d'une dérive sectaire. On ne s'y prendrait pas autrement si l'on souhaitait pouvoir stigmatiser « à la carte » des personnes, organisations et habitudes de vie.

En effet, si vous voulez affubler de l'étiquette « dérive sectaire » votre voisin, il suffit de repérer en lui quelques usages ou caractéristiques différents des vôtres et je vous garantis que vous trouverez de quoi le dénoncer.

Quelques exemples :

  • Votre voisin est devenu végétarien ? C'est prévu : critère 2 de la liste des dérives concernant les personnes. Vous remarquerez que si votre voisin modifie sa façon de s'habiller, alors ce critère fonctionne également.
  • Votre voisin a décidé de ne plus faire vacciner ses enfants ? C'est prévu : critère 3 des dérives concernant les personnes.
  • Votre voisin critique le gouvernement et la République ? C'est prévu : critère 2 des dérives concernant la vie sociale et démocratique.
  • Votre voisin s'engage dans un processus d'endettement ? C'est prévu : critère 2 de la dérive concernant les biens.

Et la liste pourrait être longue. En bref, si vous aspirez à autre chose qu'à aller travailler du lundi au vendredi, envoyer vos enfants à l'école, consommer le week-end et partir en vacances une fois l'été, une fois l'hiver, toutes vos actions sont susceptibles d'entrer dans le champ des critères définissant une dérive sectaire.

J'admets que je suis moi-même ici dans le domaine de la caricature car bien peu d'entre nous seraient pris au sérieux s'ils allaient se plaindre que leur voisin a arrêté de faire des barbecues le dimanche pour se consacrer à la culture des carottes et autres légumes.

L'IEF est-elle un signe de dérive sectaire ?

Venons-en à l'Instruction En Famille.

Dans l'un de ses discours de 1998, madame Ségolène Royal  assimilait sans  vergogne la pratique de l'IEF à un point d'attention permettant de déceler une possible dérive sectaire. Comment ne pas plaindre cette pauvre femme d'avoir l'esprit si obtus qu'elle ne soit en capacité d'accepter des choix différents des siens ?

Si je pense personnellement que l'école n'est pas un lieu d'épanouissement des enfants, ai-je jamais accusé de maltraitance les parents qui font ce choix ? Non, bien évidemment ; c'est en revanche ce que fait madame Royal à notre sujet.

J'ai néanmoins décidé de prendre madame Royal au mot, d'examiner objectivement ma vie et de la confronter aux critères de la Miviludes, ceci afin de déterminer si je suis inconsciemment sous l'emprise d'une secte.

Et le résultat aujourd'hui est que je suis contraint d'admettre qu'effectivement, une secte dirige totalement ma vie.

Cette secte, ce serait l'Etat.

L'Etat a envers moi et ma famille des exigences financières exorbitantes, je n'aurais pas pu progresser professionnellement sans obéir aux codes vestimentaires qui m'ont été imposés sur mon lieu de travail, je subis une propagande publicitaire importante afin de ne pas modifier mes habitudes alimentaires, si je remets en doute la nécessité de vacciner mes enfants, l'Etat me fait comprendre que je serais un bien mauvais parent que de leur refuser cela et enfin, je constate régulièrement l'existence de publicités mensongères émises par des lobbies à l'évidence soutenus par l'Etat.

Or, tous les points que j'ai énumérés ci-dessus font partie des signaux d'alerte établis par la Miviludes pour identifier un cas probable d'emprise sectaire.

Si je voulais satisfaire un peu plus l'Etat, il me resterait un dernier pas à franchir : soumettre mes enfants à l'embrigadement en les inscrivant dans les écoles publiques afin qu'ils apprennent non pas ce qu'ils désirent apprendre, mais ce que l'Etat souhaite qu'ils maîtrisent et pensent.

Je pourrais épiloguer encore longtemps sur de nombreux critères mais je me contenterai de terminer par celui qui m'amuse le plus, si j'ose réellement m'en amuser : la critique des institutions de la République comme signal de dérive sectaire.

Par ce critère, la République s'exclue automatiquement du champ d'investigation de la Miviludes. Il en résulte que l'Etat a défini une multitude de critères auxquels ses agissements quotidiens correspondent, mais tente de masquer la manipulation de masse en s'excluant d'autorité des organisations pouvant être suspectées de dérive sectaire.

L'Etat, une secte qui a réussi ?

Evidemment, si vous m'avez lu jusqu'ici, j'imagine que nombre d'entre vous pense que mon objectif est de démontrer que l'Etat est lui-même coupable de dérive sectaire.

Mais là n'est pas mon objectif.

En vérité, je pense sincèrement que la définition même d'une secte n'est maîtrisée par personne : la notion de dérive sectaire a simplement été inventée par nos gouvernants afin de nous contraindre à la peur de l'autre, à la peur de sa différence. Je réfute cette notion de dérive sectaire telle qu'elle a été établie par la Miviludes.

Je ne nie pas qu'il existe en France des organisations aux agissements infects ; il faut les combattre. Mais je pense sincèrement que l'Etat français devrait exercer une saine démarche d'autocritique avant de s'attaquer à certaines associations ou personnes inoffensives, voire même bienveillantes, qui ne font que proposer un autre mode de vie.

A titre personnel, je préfèrerais avoir l'occasion de me faire ma propre idée en discutant par exemple avec des Scientologues, comme je l'ai fait avec des Témoins de Jehovah, plutôt que de m'en remettre à la propagande d'Etat qui me dit que la Scientologie est une mauvaise chose.

Je ne reconnais pas la légitimité d'une organisation d'Etat qui donne le droit à monsieur Fenech de mobiliser 70 gendarmes, le 22 février 2011, pour intervenir de manière brutale et arbitraire dans une association dont il n'approuve simplement pas les activités. Où sont les droits de l'homme si un simple fonctionnaire de l'Etat peut se permettre de mobiliser sans aucune preuve la force publique sous le motif qu'un groupe de citoyens n'a pas les mêmes valeurs que lui ?

Je préfèrerais me faire ma propre opinion plutôt que de mépriser d'office toutes ces personnes qui sont jetées à la vindicte populaire sans que nous ayons réellement les moyens de vérifier ce qui nous est dit.

Plutôt que de m'en remettre à l'Etat, je préfère faire confiance en ma propre intelligence pour discerner moi-même la malfaisance quand j'y suis confronté. Car, contrairement à ce que nous dit l'Education nationale durant toute notre enfance, je pense que nous sommes dans notre grande majorité largement capables de mobiliser notre intelligence naturelle et nous faire notre propre opinion, sans besoin de cocher des cases dans l'outil de la Miviludes ou admettre benoîtement des accusations proférées par certains de nos medias.

La manipulation, l'escroquerie et le harcèlement psychologique sont des pratiques qui existent et doivent évidemment être combattues avec force.

Mais il nous faut également combattre la stigmatisation de certaines populations et la promotion de la haine de la différence. Dans ces deux derniers domaines, c'est bien la Miviludes qui doit être mise en cause.

Eric, le papa des Herbes Folles

13 mai 2014

Vous pouvez commenter cet article sur notre forum