Aujourd’hui, intéressons-nous à un domaine qui, s’il n’est pas jugé fondamental par nombre de pédagogues, peut pourtant devenir une passion particulièrement prenante pour ceux qui l’abordent : la musique. 

Friedrich Nietzsche aimait à dire que « la vie sans musique est tout simplement une erreur, une fatigue, un exil », tandis que Duke Ellington affirmait qu’« il n’existe que deux sortes de musique : la bonne et la mauvaise. », démontrant pour sa part qu’on peut être un très grand musicien en étant dans le même temps particulièrement étroit d’esprit.

Enseigner la musique aux enfants en s’appuyant sur leurs envies et aptitudes naturelles.

Le musicien est avant tout un artiste qui, par son interprétation, va toucher son public et transmettre ses propres émotions.
Il est donc important de permettre à l’enfant intéressé par la musique de développer ses capacités à transmettre par cet art ce qu'il souhaite exprimer.

Or, aujourd’hui encore, nombre d’enseignants de la musique considèrent que pour atteindre cet objectif, la première des choses à demander à un enfant est justement de ranger son instrument de musique pendant plusieurs mois pour apprendre en premier lieu le solfège, domaine à l’évidence rébarbatif à l’origine des désillusions de nombre d’enfants.

Je pose donc quelques questions simples :

  • aujourd’hui, lorsqu’un enfant éprouve l’envie de taper dans un ballon pour jouer au football, les adultes lui demandent-ils de se priver de ballon pour apprendre exclusivement les règles du football, assis à une table en regardant par la fenêtre ses ainés occupés à pratiquer leur sport favori ?
  • de même, lorsqu’un enfant éprouve l’envie de dessiner, les adultes lui demandent-ils de ranger ses crayons pour apprendre dans un premier temps les règles de la perspective et de la théorie des couleurs ?

Evidemment non, et c’est normal.

Mais en musique, une pratique analogue reste en vigueur dans nombre d’établissements, même s’il faut bien admettre que des efforts certains sont faits et que la situation est bien plus saine aujourd’hui qu’elle ne l’était pour les musiciens de ma génération.

Devenir musicien plutôt que technicien

Si je pense honnêtement que les enseignants qui privilégient le solfège devant la pratique se trompent, c’est simplement parce qu’en adoptant ces principes, ils s’éloignent radicalement du but qu’ils devraient pourtant se fixer de façon assez naturelle : former des musiciens sensibles plutôt que des techniciens.

Car il ne doit pas s'agir, à mon sens, de faire en sorte qu’un enfant apprenne à aligner des quadruple-croches, en suivant scrupuleusement le rythme d’un métronome, mais plutôt lui permettre de développer un talent, au sens créatif du terme.

Au risque de choquer les puristes, je pense qu'un violoniste capable de jouer les caprices de Paganini à la vitesse « grand V », puis éventuellement de les rejouer à l’envers, est sans conteste un excellent technicien mais un musicien bien moins séduisant qu’un pianiste qui sera capable d’émouvoir une salle entière en une dizaine d’accords, par exemple dans une improvisation judicieusement pensée.

L’unique intérêt d’une technique sans faille est qu’elle permet d’exercer sa créativité sans aucune limite.
La technique n’est qu’un moyen. Elle ne doit en aucun cas devenir un objectif.

Les aider à développer une curiosité et une culture musicale

De plus, en tant que parent moi-même musicien, je demande bien plus à un enseignant qu’une simple formation technique. Une formation musicale complète doit permettre à l’enfant de comprendre et aimer cet art, son histoire, la façon dont il est pratiqué.

Il doit comprendre par exemple comment est organisée une répétition, l’intérêt qu’il y a à travailler seul pour ensuite jouer ensemble ; il doit développer une réelle curiosité pour la musique, avoir envie de découvrir des artistes et des styles inédits, avoir un sens critique développé tout en restant tolérant et en se dispensant de jugements hâtifs sur des musiques qu’il ne comprend ou n’apprécie pas.

L’instruction musicale doit donc intégrer tous ces éléments, en prenant le temps nécessaire et dans le souci constant du rythme des découvertes de l'enfant. Elle ne doit pas se contenter de développer la seule compétence technique au détriment des autres.

J’entends par exemple beaucoup de musiciens qui se disent exclusivement classiques, jazz, blues ou rock. C’est certes intéressant, mais que de pauvreté dans la démarche !
A 8 et 6 ans, nos enfants ont une ouverture d’esprit musicale parfois plus étendue que certains musiciens, pourtant professionnels, que j’ai pu rencontrer par le passé. Pourquoi ? Simplement parce qu'ils ne connaissent pas de limites dans ce domaine.

Certes, nous ne leur avons pas encore fait découvrir certains artistes que nous estimons inadaptés à des enfants de leur âge, mais l’idée ne sera jamais d’aller vers ces idées passéistes et dangereuses selon lesquelles la beauté d’une musique se définirait sur des critères posés par une minorité censée détenir un savoir universel.

A titre personnel, Georg Friedrich Haëndel peut me transporter tandis que son contemporain Jean-Sébastien Bach me laisse particulièrement froid. De même, je ne me lasse pas des chevelus de Led Zeppelin mais suis particulièrement agacé par les non moins chevelus d’Aerosmith. Devrais-je alors imposer mes propres perceptions à mes enfants pour leur expliquer, en paraphrasant Duke Ellington, qu’Haëndel faisait de la bonne musique et Bach de la mauvaise ?

Non, au lieu de cela, nous préférons les aider à développer, dans ce domaine comme dans les autres, leur propre esprit critique.

Cosme et Aliénor découvrent ainsi Mozart avec bonheur mais également de nombreuses comptines enfantines, Louis Armstrong ou encore le groupe de métal finlandais Nightwish. Ils forgent leur goût musical avec l’aide de leurs parents, qui eux-mêmes proposent régulièrement de nouvelles découvertes, sans notion de frontières géographiques ou musicales.

     

Confier alors cette mission à des enseignants en phase avec notre démarche

Contrairement à ce que certains semblent penser, nous ne sommes pas opposés par principe à l’idée de confier l’instruction de nos enfants à autrui ; nous sommes simplement opposés à l’idée de la confier à l’Education Nationale. Et ceci pour la simple raison que nous sommes extrêmement attentifs à la cohérence entre notre façon d’envisager l’instruction et celle des institutions investies de cette mission.

Il est vrai qu’il peut donc être difficile de trouver les bons interlocuteurs mais nous sommes là pour témoigner que ceci est possible, même dans une ville de taille relativement réduite. D’ailleurs, nous vous en reparlerons prochainement au sujet d’un autre domaine artistique qui passionne les enfants.

Ainsi, nous avons pu constater que certains enseignants du domaine artistique ont bien compris la richesse de l’enseignement intuitif, sans pour autant dénigrer l’importance de la technique.

Lorsqu’Aliénor a souhaité apprendre la trompette, je me suis mis en quête d’un professeur qui saurait l’accompagner dans ses apprentissages en respectant tout d'abord sa personnalité et ses envies, mais également en considérant l’enseignement musical comme un tout.

Geoffrey, ce professeur sur lequel nous avons arrêté notre choix, est un jeune musicien qui a tout compris : Aliénor apprend en s’amusant, découvre de nouveaux artistes et fait naturellement le lien entre interprétation d’une partition et démarche créative. Après seulement quelques séances, elle joue en s’accompagnant de play-backs sur des CDs, soit en appliquant à la lettre ce qui lui est demandé, soit en tentant des expériences musicales.

J’en vois alors se demander si je suis en train d’expliquer que notre fille est une prodige de la trompette.
Absolument pas : elle joue sur des play-backs construits de telle façon qu’elle n’a à jouer que des blanches et des rondes, qui plus est sur une gamme de trois notes au maximum. Sa partition est épurée, mais l’accompagnement rythmé et riche lui permet de participer à un moment musical en tenant un rôle majeur : celui de la soliste. Elle touche donc, dès le début, au but principal de la musique : participer à un moment artistique en se faisant plaisir et en donnant quelque chose à un public.

C’est la base même de la musique et il serait particulièrement dommage de devoir expliquer à cette enfant de 8 ans que, pour accéder à cet objectif, il lui faut attendre plusieurs années durant lesquelles son enseignement restera axé sur des gammes rébarbatives et l’interprétation stricte, sans imagination personnelle, d’œuvres écrites par d’autres.

Ainsi Aliénor, et prochainement son frère, bénéficieront d’un enseignement musical attentif et en phase avec leurs attentes plutôt qu’avec celles de certains professionnels qui pensent avant tout à instruire des techniciens, et non des musiciens sensibles à leur art.

Aliénor et Cosme n’aiment pas toutes les musiques mais ils ne se fixent aucune limite. Pour eux, la musique est simplement une source de joie et de sérénité, qu’elle passe par Mozart, des comptines, Abba ou un groupe de hard-rock.

En cela ils suivent, guidés par plusieurs adultes et non par leurs parents seuls, des chemins de traverse qui leur permettront de faire des découvertes diverses et parfois très surprenantes ; et ces chemins leur semblent à l’évidence bien plus attrayants qu’un chemin tout droit, lisse et au paysage musical constant et sans surprises.

Eric, papa des Herbes Folles

23 janvier 2013

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Artistes ayant accompagné la rédaction de cet article :

Dmitri Chostakovitch Symphonie n° 14
Miles Davis So What
Deep Purple Lazy
Diablo Swing Orchestra Vodka Inferno
The Flower Kings Stardust We Are
Georg Friedrich Haëndel Concerto pour orgue et orchestre n° 4
Karmakanic Who’s The Boss In The Factory
King Crimson Moonchild
Jon Lord Wait A While
Marin Marais Suitte d’un gout étranger
Loreena McKennitt Kecharitomene
Metallica Whiplash
Marcus Miller Forever More
Modeste Mussorgski Pictures At An Exhibition
Nightwish Scaretale
Mike Oldfield Ommadawn
Pink Floyd Wish You Were Here
Erik Satie Gnossiennes
Ravi Shankar Raga Khamaj
Devin Townsend Praised The Lowered
Antonio Vivaldi Concerto pour Violoncelle
ZZ Top La Grange