Aliénor et Cosme ont aujourd’hui respectivement 8 ans et 6 ans et demi. Si nous les avons toujours instruits en famille, nous n’avons pas toujours utilisé les cours par correspondance. Nous avons essayé plusieurs pédagogies et moi, la maman des herbes folles, j’ai même suivi une formation en Montessori jusqu’à un niveau relativement avancé.

La pédagogie Montessori ne peut vraiment être pratiquée à l’exclusion de toute autre forme d’enseignement que si elle a été mise en place de très bonne heure dans la vie de l’enfant, soit entre deux et trois ans. Car la progression doit être suivie scrupuleusement, ce qui peut, avec certains matériels, prendre un peu de temps. Malheureusement, lorsque j’ai eu connaissance de cette pédagogie, Aliénor avait déjà quatre ans. Nous l’avons néanmoins utilisée jusqu’à cette année, mais j’avais le sentiment qu’Aliénor aurait aimé avancer plus vite dans ses connaissances, aussi avons-nous décidé d’inscrire les enfants au cours Sainte-Anne, basé sur les anciens programmes qui ont longtemps fait leurs preuves avant d’être sabordés par les réformes des années 60, ainsi que toutes celles qui ont suivi jusqu’à aujourd’hui.

Si les cours Sainte-Anne sont d’une très grande qualité et d’un haut niveau d’exigence, j’ai cependant conservé mon matériel Montessori qui apporte l’aspect sensoriel et concret qui manque parfois aux cours par correspondance avec lesquels tout se passe par écrit. Avec Montessori, on manipule, on trie, on classe et la mémoire musculaire fonctionne tout autant que l’intelligence abstraite. Cela permet, sur certains apprentissages, d’ancrer les connaissances ou de dénouer certains blocages.

Ainsi, c’est grâce à la chaîne de mille qu’Aliénor, en une seule manipulation, a compris les centaines et a su compter sans problème de 100 en 100, alors que pendant des jours, elle ne comprenait pas le travail demandé car sa mémoire n’avait rien de concret sur quoi s’appuyer. Cela m’a consolée d’avoir enfilé des milliers de petites perles sur du fil de fer pendant des jours…

Car, comme beaucoup de personnes qui pratiquent la pédagogie Montessori, je fabrique une grande partie du matériel. Eh oui ! J’ai donc profité de ces vacances de Noël pour me lancer dans la fabrication des petits carnets de conjugaison qui sont un vrai bonheur à regarder et à manipuler, en toute modestie s’entend !

De ma formation, j’avais rapporté les documents me permettant de les fabriquer. Je n’avais plus qu’à découper… Seulement, en bonne perfectionniste que je suis, je ne trouvais pas ces petits carnets très pratiques car tout avait tendance à tomber dès qu’on approchait la main.
J’ai donc cogité pendant la nuit afin de mettre au point un matériel à la fois pratique à utiliser et beau à regarder, ce que préconisait Maria Montessori, la beauté étant un des éléments essentiels dans l’instruction des enfants.
Voici le résultat de mes cogitations nocturnes (la nuit porte conseil, dit-on) :

Chaque temps du verbe dans un petit carnet, soit 28 carnets à fabriquer sur ce modèle, les pronoms et les conjugaisons du verbe soigneusement plastifiés puis découpés un à un, soit 12 étiquettes par carnet, c’est-à-dire 336 en tout… Ouf !

 

 

Ces carnets sont ensuite rangés par quatre (les quatre temps simples de l’indicatif de chaque verbe) dans des pochettes : sept en tout, là c’est plus rapide.

 

 

Chaque verbe a sa feuille de contrôle, elle aussi soigneusement plastifiée, puis il ne reste plus qu’à trouver une jolie boîte de récupération (vive le recyclage !).

 

 

 

Après de nombreux coups de ciseaux et autres points de colle ou pose d’agrafes, nous voici donc armés des temps simples de l’indicatif (présent, imparfait, futur et passé simple) pour les auxiliaires être et avoir ainsi que pour les verbes des trois groupes (chanter, finir, prendre, servir, savoir). Chaque carnet disposant de sa feuille de contrôle qui permet de se corriger, l’enfant peut manipuler seul, ce qui est un des avantages du matériel Montessori qui mène très tôt l’enfant vers l’autonomie.

Vous vous demandez sans doute : pourquoi a-t-elle tout fabriqué en rouge, sauf les pronoms personnels qui sont en violet ? N’aurait-elle pu varier les couleurs, cela aurait été plus gai ? Certes, mais l’objectif recherché aurait ainsi été anéanti.
En Montessori, rien n’est laissé au hasard et chaque couleur est utilisée dans un but précis. Le rouge est la couleur qui porte le plus d’énergie en elle. C’est la couleur de l’action par excellence. Or qu’est-ce que le verbe, sinon le porteur de l’action dans la phrase ?
Il faut savoir aussi que tous les matériels Montessori sont liés entre eux. Ainsi, la couleur rouge pour le verbe se retrouve dans d’autres supports, comme les symboles de grammaire qui aident de manière concrète à l’analyse de la phrase. Ainsi, la logique de l’enseignement s’inscrit dans le cerveau de l’enfant, sans utiliser de mots, puisque c’est la couleur qui fait le lien.
Le pronom personnel, lui, est en violet, couleur choisie par Maria Montessori pour toutes les formes de pronoms existant dans la langue française. Elle appelait le pronom « le monsieur prétentieux » car il remplace le nom (quelle prétention !). Est-ce à dire que le violet est la couleur de la vanité ? Je vous laisse juge…

Delphine

29 décembre 2012